Edgard Degas : la face cachée du Ballet
Derrière la magie de ce pastel célèbre appelé aussi "l'Etoile", Edgar Degas nous révèle les coulisses de la vie des ballerines, à l'Opéra de Paris.
Sous la lumière des projecteurs, la danseuse semble suspendue dans un instant de grâce. Le tutu capte la lumière, le mouvement paraît léger, presque irréel. Mais en y regardant de plus près, Edgar Degas ne peint pas seulement la beauté du ballet. Dans l’ombre, une présence masculine discrète vient troubler la scène. Et derrière cette apparente légèreté, se dessine un autre monde, plus silencieux, fait de travail acharné et d’équilibre fragile.

Ce que l’on perçoit dans l’œuvre
C’est le lever de rideau, la ballerine fait une révérence. En regardant la scène, on s’imagine à l’époque parmi les autres spectateurs dans une loge en étage, sans doute grâce à la vue en contre-plongée choisie par Degas pour illustrer son propos. On pourrait presque percevoir les bruits des applaudissements qui crépitent, les sourires et les accolades. Au centre, la jeune ballerine baigne dans la lumière et se tient légèrement de biais. La couleur claire de son tutu tranche avec le costume noir de l’homme caché derrière le rideau, ombre menaçante qui l’observe. Notre œil est immédiatement attiré par ce qui se trame en coulisse.
« On m’appelle le peintre des danseuses, on ne comprend pas que la danseuse a été pour moi un prétexte à peindre de jolies étoffes et à rendre des mouvements. »
Edgar Degas à Ambroise Vollard, Degas, 1924, Paris, G. Crès & Cie
Edgar Degas et les danseuses
Dans les milieux de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie, la musique faisait partie intégrante de l’éducation. Degas, qui en est issu, n’échappe pas à cette règle. Dès l’âge de vingt ans, il fréquentait déjà assidûment l’Opéra.
Introduit dans les coulisses de l’Opéra, en 1872, par un musicien de l’orchestre, Degas observera le travail des ballerines dans leur quotidien, plusieurs années durant. Il fréquentera d’abord l’Opéra de la rue Le Peletier qui a pris feu en 1873 et, ensuite, l’opéra Garnier inauguré dans la ville de Paris, en 1875.
Après beaucoup d’obstination auprès de l’administration, il réussira à devenir un « abonné ». Le système « d’abonnés » était la plus grande distinction pour un habitué de l’Opéra car cela lui donnait accès aux coulisses et, surtout, au Foyer de la danse où se retrouvait toutes les danseuses pendant les entractes ou avant le spectacle.
Devenu familier des coulisses, Degas observe leur travail, au cours des répétitions sur scène ou dans la classe de danse, là où les corps sont mis à rude épreuve. Dans ses croquis préparatoires, il traque la tension, le mouvement, les efforts suite aux longues heures de travail mais aussi les moments de détente, les rencontres entre les filles et leurs protecteurs, ces hommes habillés en noir (financiers, mondains ou grands noms de la noblesse) qui utilisent les coulisses de l’Opéra pour mieux les approcher.
L’envers du décor
À la fin du XIXe siècle, les jeunes ballerines de l’Opéra de Paris évoluent dans un univers exigeant, fait de discipline et de répétitions constantes. Issues pour beaucoup de milieux particulièrement défavorisés, celles qui ont l’opportunité de devenir danseuses deviennent l’espoir pour leur famille de les sortir de la pauvreté. Et comment ne pas comprendre qu’elles puissent rêver d’une autre existence pour se hisser dans la bonne société !
Dans ce contexte, la frontière entre admiration, protection et dépendance devient parfois floue pour ces jeunes filles qui étaient sous l’influence de leur famille et la générosité de leurs mécènes.
En laissant apparaître la silhouette masculine dans l’ombre, Degas introduit dans son oeuvre “Le Ballet” une réalité plus complexe, presque inconfortable. La scène n’est plus seulement celle d’un spectacle mais celle d’un monde où la grâce s’accompagne de contraintes invisibles. Derrière la légèreté du tutu se devine une forme de tension, entre apparition publique et réalité sociale. Certains chercheurs supposent même que les danseuses qui passaient le plus de temps en coulisses avec leurs abonnés obtenaient de meilleurs rôles pour les représentations.
Ce que le peintre veut nous montrer
Degas ne juge pas. Il observe comme un témoin de son époque et nous révèle la face cachée du spectacle. Ce qu’il suggère dépasse la seule représentation du ballet. A travers son art, il nous livre des informations sur la pratique de la danse au XIXe siècle et notamment sur les conditions de travail des jeunes danseuses de l’Opéra. Derrière la beauté des tutus et la grâce des mouvements, Edgar Degas observe un autre monde, celui des répétitions à outrance, de la fatigue qui brise les corps et d’un univers social plus ambigu où certaines danseuses dépendaient du regard et, parfois, du soutien des hommes qui fréquentaient les coulisses de l’Opéra.
Où voir l’œuvre ?
L’original est conservé au Musée d’Orsay, à Paris.
Sur les traces du peintre
Edgar Degas est né à Paris, rue Saint-Georges, dans le 9eme arrondissement. Il vivra quasiment toute sa vie, à quelques rues de son lieu natal, autour du quartier de Pigalle, entre les rues Victor Massé, Pierre Fontaine ou Frochot (liste non exhaustive).
Le célèbre café Guerbois — anciennement dans le village des Batignolles — fut le lieu incontournable de ses camarades impressionnistes (de 1863 à 1873) et, notamment, Edouard Manet qui avait un atelier juste à côté.
Autre époque, autre lieu. A l’emplacement du café Guerbois correspond, actuellement, la localisation d’une marque de vêtement au 9, avenue de Clichy, 75017 Paris.
Alix,
L’Art en Voyage.
Sources bibliographiques :
Histoire en image : https://histoire-image.org/etudes/classe-scene-ballet-opera-paris-edgar-degas

Such a famous, and beautiful, painting...
It is an image so familiar to me that I have never really actually thought about it, so I found your commentary on it deeply informative. Thank you!
A few years ago, my wife and I watched the excellent fictional TV drama series "L'Opéra" - about dancers at the Palais Garnier. When we visited Paris a year or two later we attended a ballet performance there - an unforgettable experience!
Best Wishes - Dave :)
Merci pour ce partage !