#Etats-Unis – John Singer Sargent
Le Portrait de Madame X (1883-1884) ou comment une oeuvre a bouleversé son époque en raison d'un simple détail vestimentaire !

Hier soir, un reportage TV sur le peintre américain John Singer Sargent m’a rappelé à quel point « le Portrait de Madame X » reste une œuvre fascinante ! D’ailleurs, ce portrait iconique d’une femme affirmée et libre a véritablement traversé les époques et inspire toujours les couturiers et photographes, plus d’un siècle plus tard. De Peter Lindbergh à Annie Leibovitz, nombreux sont ceux qui ont revisité sa silhouette élégante et son attitude fière…
Que voyons-nous dans le tableau ?
Une femme élégante, vêtue d’une robe noire au décolleté profond se tient de profil, la main délicatement posée sur un guéridon. Son teint est pâle, presque translucide, son regard distant et fier. Il se dégage d’elle une beauté froide, presque magnétique. Le modèle est Virginie Gautreau, une américaine mariée à un banquier français, figure remarquée de la haute société parisienne pour sa beauté et son allure d’artiste.
John Singer Sargent espère que l’élaboration de ce portrait lui apportera enfin la reconnaissance qu’il recherche. Travaillant avec une grande liberté, il ose dans la version originale laisser glisser la bretelle droite de la robe sur l’épaule de son modèle (un détail de trop pour l’époque). Le résultat ne se fait pas attendre et lorsque le tableau est exposé au Salon de Paris, en 1884, il provoque un scandale. L’audace du décolleté est jugé trop provocant, la pose indécente et sans parler de cette bretelle tombante !
Sargent est accusé d’avoir humilié son modèle au vu de son statut social, le scandale est patent et le portrait ne trouve pas preneur. Blessé par les critiques et toujours propriétaire de son oeuvre, Sargent finit par la rapporter dans son atelier. Il retouche son portrait en remontant la bretelle sur l’épaule dans une position plus « convenable ». Mais le mal est fait et l’œuvre n’est pas vendue. Blessé, il quitte Paris peu après pour s’installer à Londres où il reconstruira sa carrière, brillamment, auprès de la haute société anglo-saxonne.
Il conservera le portrait pendant plus de trente ans avant de le vendre au MET, en 1916, quelques mois après la mort de Virginie Gautreau.
Où voir l’œuvre ?
L’original est conservé au Metropolitan Museum of Art (Met), à New York.
Actualité
A la Galerie d’Art et Musée de la ville de Worcester (Angleterre) se tient, actuellement, l’exposition John Singer Sargent “Un américain dans le Worcestershire” (jusqu’au 14 juin 2026). Elle explore le rôle du peintre au sein de la colonie d’artistes de Broadway, ses étés passés dans le Worcestershire, son affranchissement des conventions académiques et ses expérimentations impressionnistes en plein air.
Alix,
L’Art en Voyage.
