La rencontre de Toulouse-Lautrec avec Marcelle Lender
Ébloui par la comédienne Marcelle Lender, Toulouse-Lautrec (1864-1901) assiste, à plusieurs reprises, à l’opérette Chilpéric avant de réaliser l’une de ses œuvres les plus célèbres.

Marcelle Lender dansant le boléro dans Chilpéric
C’est l’un des plus grands tableaux de Toulouse-Lautrec. Comme vous pouvez le voir sur la reproduction ci-dessus, les couleurs sont harmonieuses, les personnages expressifs. L’actrice occupe le centre de la composition, elle est vêtue d’un costume d’inspiration espagnole essentiellement composé de noir. Le portrait que Toulouse-Lautrec fait d’elle est à la fois dynamique et plein de sensualité, on l’imagine retraçant des dizaines de fois les lignes de son corps jusqu’au résultat désiré. Ses lèvres sont minces et rehaussées d’un filet de rouge à lèvres carmin, son visage est pâle, ses sourcils brun foncé. Deux fleurs roses presque plus grandes que son visage illuminent sa chevelure rousse flamboyante. Le corsage noir de sa robe est orné de manches bouffantes et son décolleté carré plongeant.
« Je viens uniquement pour voir le dos de Lender. Regardez bien, vous verrez rarement quelque chose d’aussi merveilleux. Le dos de Lender est somptueux. » Henri de Toulouse-Lautrec.
Lautrec exprima sa brève mais intense passion pour l’actrice à travers ce tableau représentant la scène qu’il affectionnait particulièrement lorsque la princesse Galeswinthe (Marcelle Lender) exécute le boléro pour son futur époux et sa cour. Sur scène, tous les regards convergent vers elle ! Du roi Chilpéric assis sur son trône jusqu’à Don Nervoso, le frère de Galeswinthe, qui contemple le dos de l’actrice à l’extrême droite avec une expression manifeste ! Peut-être un clin d’œil de Lautrec qui se représente lui-même sur la scène !
La Belle Epoque, Lautrec et les belles de Montmartre
Le quartier de Montmartre est en pleine effervescence culturelle, notamment, depuis l’ouverture, en 1881, du cabaret du Chat-Noir qui donne sa chance à de jeunes chansonniers et dessinateurs. Plusieurs revues émergent et deux d’entre elles (Le Courrier Français et Le Mirliton) accueillent les premières collaborations de Toulouse-Lautrec avec la presse. Bruant, le compositeur qui dirige le Mirliton demande à Toulouse-Lautrec de dessiner des images pour ses chansons et lui propose le Mirliton comme lieu d’exposition.
Grâce à cela et au fait que ses dessins étaient imprimés dans le magazine Mirliton de Bruant, Lautrec commence à recevoir des demandes de travail et gagne en notoriété. Son immersion dans les cabarets de la Butte Montmartre dont tous les parisiens raffolaient (le Chat Noir, le Moulin-Rouge, etc.) va lui fournir des sujets d’étude à foison. Danseuses, comédiennes ou prostituées, ses sujets d’études s’appelleront Yvette Guilbert, Jane Avril ou La Goulue. Douces, rebelles ou d’une sensualité explosive, Lautrec va les croquer avec un sens aigu de l’observation, sans complaisance, seules ou accompagnées de leurs clients.
En 1892, il va aussi découvrir l’artiste américaine Loïe Fuller dans son spectacle aux Folies-Bergère. Le Tout Paris acclame cette « fée Lumière » et Lautrec n’y échappera pas. Fasciné par la liberté d’invention de l’artiste (et sa beauté électrique), il ira la voir plusieurs fois sur scène.
Marcelle Lender (1862-1926)

Selon les informations de la National Gallery de Washington, Lautrec rencontre Marcelle Lender pour la première fois, en 1893, année où il commence à fréquenter assidûment les théâtres. Mais, ce n’est vraiment que deux ans plus tard lorsqu’elle interprète le rôle principal de la princesse Galeswinthe dans la reprise de Chilpéric qu’il va se passionner pour cette jeune artiste. Jouée au Théâtre des Variétés à Paris, l’opérette raconte l’histoire de Chilpéric, roi des Francs qui s’allie aux Wisigoths d’Espagne en épousant la princesse Galeswinthe afin de consolider son pouvoir. Pendant les trois mois de représentations de l’opérette (du 1er février 1895 au 1er mai 1895), Lautrec va y assister plus d’une vingtaine de fois, essentiellement pour voir sa belle danser le boléro, costumée en espagnole. Il va dessiner et étudier la morphologie de l’actrice, avec assiduité, réalisant finalement six lithographies inspirées de sa prestation dans Chilpéric et deux tableaux.
Où voir l’œuvre ?
L’original est conservé à la National Gallery of Art, à Washington D.C.
Sur les traces du peintre
A Albi, le Musée Toulouse Lautrec propose la collection publique de l’artiste la plus importante au monde avec un parcours allant de ses débuts jusqu’à l’année de sa mort.
A Saint-André-du-Bois (33490), découvrez le Château Toulouse Lautrec qui propose, toute l’année, des visites culturelles et oenologiques, des chambres d’hôtes et des animations.
Alix,
L’Art en Voyage.
Sources et inspirations :
National Gallery of Art, Washington D.C.
RetroNews : Le Fin de Siècle du 16 septembre 1891
