Quand Louis-Alexandre Dubourg peint la Normandie
"Une oeuvre, une histoire" : Le ramassage des pommes près de Honfleur (Saint-Siméon).
Pour clôturer cette série consacrée à la Ferme Saint-Siméon, je souhaitais rendre hommage à Louis-Alexandre Dubourg (1821-1891), l’une des grandes figures des peintres de Honfleur. Professeur de dessin, premier conservateur du musée de la ville et proche d’Eugène Boudin, il fréquenta régulièrement la Ferme Saint-Siméon où il aimait retrouver plusieurs artistes et amis qui allaient marquer l’histoire de l’impressionnisme.

Un atelier en plein air
Louis-Alexandre Dubourg avait le goût des paysages bucoliques à l’image de ce “Ramassage des pommes près de Honfleur (Saint-Siméon)”, évocation d’une scène du quotidien dans le verger de la ferme. C’est cette Normandie simple qu’il aime et devient son véritable atelier en plein air. Dans le tableau, Dubourg ne cherche ni effet spectaculaire ni mise en scène flamboyante. Seulement la mer, des arbres et deux jeunes enfants qui s’affairent en cueillant des pommes dans un verger normand. La lumière douce, les pommiers et le panorama maritime composent une scène qui témoigne d’une maîtrise remarquable.
Dubourg affectionne la nature, les scènes de marchés aux poissons, les marines,
mais c’est surtout avec les paysages maritimes et les scènes de la vie quotidienne qu’il s’impose. Il habite, près des quais, à Honfleur et se déplace régulièrement à la ferme Saint-Siméon pour rejoindre la communauté de ses amis et artistes, logée auprès de la mère Toutain. Il aura des échanges de travail réguliers avec Claude Monet quand ils se retrouverons sur les quais, lui saisissant les reflets de la lumière sur l’eau pendant que Dubourg s’attelait aux marchés aux poissons et aux marines.
Une vie en retrait
Sensiblement différent de son ami Eugène Boudin qui avait besoin de s’imprégner de l’atmosphère artistique de la capitale et qui passait souvent l’hiver dans son atelier parisien, Dubourg était un amoureux du pays d’Auge et du port de Honfleur. Paris ne l’intéressait guère, il n’y fit qu’une petite incursion en suivant les cours du Prix de Rome Léon Cogniet (1794-1880) et choisit de revenir très tôt à Honfleur (son port natal) où il deviendra professeur de dessin.
Selon les biographes, il mène une existence très retirée, consacrant ses seules sorties à la fréquentation de la ferme Saint-Siméon où il retrouve Cals, Monet et Boudin. C’est d’ailleurs avec l’aide de ce dernier qu’il fondera, en 1868, le Musée Municipal de Honfleur, aujourd’hui connu sous le nom de Musée Eugène Boudin. Ce musée, essentiellement consacré aux œuvres des peintres préimpressionnistes, dont celles d’Eugène Boudin (1824-1898), témoigne de l’engagement de Dubourg envers les arts et sa communauté. Il en deviendra le premier conservateur en 1869.

A part quelques catalogues d’expositions, il n’y a que peu de témoignages sur ses tableaux et sa manière de travailler. Ce choix de vie éclaire aussi son œuvre. Alors que beaucoup d’artistes rêvent d’une carrière parisienne, Dubourg trouve son inspiration dans les vergers du Pays d’Auge, les quais de Honfleur et les paysages de l’estuaire.
Une autre voix normande
En écho avec son magnifique tableau “Ramassage des pommes près de Honfleur (Saint-Siméon)”, j’ai choisi les vers de la poétesse honfleuraise Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) qui connaîtra son apogée littéraire dans les années 1900-1914 et exprimera, souvent, dans ses oeuvres son désir d’évasion et son amour profond pour la Normandie.
L’Odeur de mon Pays
L’odeur de mon pays était dans une pomme.
Je l’ai mordue avec les yeux fermés du somme,
Pour me croire debout dans un herbage vert.
L’herbe haute sentait le soleil et la mer,
L’ombre des peupliers y allongeaient des raies,
Et j’entendais le bruit des oiseaux, plein les haies,
Se mêler au retour des vagues de midi.
Je venais de hocher le pommier arrondi,
Et je m’inquiétais d’avoir laissée ouverte
Derrière moi, la porte au toit de chaume mou..
Combien de fois, ainsi, l’automne rousse et verte
Me vit-elle, au milieu du soleil et, debout,
Manger, les yeux fermés, la pomme rebondie
De tes prés, copieuse et forte Normandie ?...
Ah ! je ne guérirai jamais de mon pays !
N’est-il pas la douceur des feuillages cueillis
Dans leur fraîcheur, la paix et toute l’innocence !
Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?
Lucie Delarue-Mardrus.
La fin du voyage
Je souhaitais évoquer, brièvement, la mémoire de Louis-Alexandre Dubourg, ce peintre tout en retenue qui fit partie des « Rencontres de Saint-Siméon » avec, au début des années 1860, toute l’avant-garde de la peinture : Boudin, Monet, Courbet, Jongkind, Bazille, Daubigny père et fils, Ribot, Cals. Moins célèbre que Monet ou Boudin, il demeure pourtant l’un des meilleurs témoins de son époque nous permettant, ainsi, d’avoir un panorama plus complet de la vie honfleuraise au XIXe siècle.
Si vous souhaitez approfondir vos connaissances sur cet artiste, sachez que ses oeuvres figurent dans plusieurs musées français tels que le musée d’Orsay à Paris et le musée des Beaux-Arts de Honfleur, témoignant de sa maîtrise artistique et de son amour profond pour la Normandie.
Alix, l’Art en Voyage.
En savoir plus sur Louis-Alexandre Dubourg :
Si vous désirez soutenir l’avenir de cette newsletter, n’hésitez pas à la partager devant un plat gastronomique normand et abonnez-vous pour recevoir les prochaines publications !

Merci Alix
Louis-Alexandre Dubourg is an artist I have not heard of. The painting you chose as an example is a delight.
We are hoping to visit the Musée d'Orsay in mid August, and I will look for other examples of his work.
Dave :)